LE POLYPTYQUE EN  |  FR
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Bartolomeo Neroni, dit Il Riccio

Sienne 1505 (vers) - Sienne 1571

L'Adoration des Mages

1530-1535

Gouache sur vélin, 13,3 x 10 cm

Provenance : Londres, Christie’s, 12 juin 2013.

Bartolomeo Neroni, dit Il Riccio (à ne pas confondre avec Andrea Briosco, sculpteur padouan doté du même surnom) fut sinon le plus grand, car ce titre revient à Beccafumi, du moins le plus en vue des artistes de la fin de la Renaissance à Sienne. Vasari le dit « peintre très habile », auteur de « belles et bonnes peintures qui se trouvent à Sienne et ailleurs ». Élève et gendre de Sodoma, son art est plus classique et poétique que celui, plus maniériste et lyrique, de Beccafumi, et c’est cela qui frappe d’abord dans cette miniature où semble souffler encore l’esprit du Pérugin, et de Pinturicchio.

Dans la plus pure tradition de la Renaissance, il fut aussi bien architecte, sculpteur, ingénieur. Mais le siècle le bouscula. Débutant au moment où l’armée de Charles Quint saccageait Rome et occupait Sienne, il fut 25 ans plus tard l’ingénieur des fortifications du dernier siège qu’eut à subir la ville, avant sa capitulation en 1555 et son annexion par Florence en 1559.

C’est dans le calme sylvestre de l’abbaye bénédictine de Monte Oliveto Maggiore, au sud de Sienne, qu’il effectue son premier travail documenté (en 1531-1532), l’enluminure d’antiphonaires destinés à une autre abbaye bénédictine, Finalpia, sur la côte ligure. L’un de ces antiphonaires (Gênes, Biblioteca Civica Berio) recèle, du creux d’une initiale, une scène presque identique, avec de légères différences dans l’arrière-plan. Scène elle-même très inspirée du chef-d’œuvre de Sodoma à Sienne, l’Adoration des Mages de la chapelle Piccolomini dans l’église Sant’Agostino, spectaculaire tableau d’autel de plus de trois mètres de haut.

La finesse de la touche, la subtilité du coloris, et le style très proche d’un dessin à la plume du même Riccio, Auguste et la Sibylle, au Metropolitan Museum, laissent peu de doute quant à l’attribution. On peut faire l’hypothèse qu’il réalisa cette réplique, destinée non plus à la liturgie commune mais à la dévotion privée, pour lui-même ou l’un des moines de Monte Oliveto Maggiore. Il y était encore en 1534 à repeindre, dans le cloître, une fresque du cycle de la vie de saint Benoît où s’étaient succédés Signorelli ou Sodoma : saint Benoît envoie Maur en France et Placide en Sicile. On y retrouve entre les personnages, et jusqu’aux chevaux, les mêmes jeux de regards qui contribuent au charme de l’une et l’autre scènes.