LE POLYPTYQUE EN  |  FR

Sommaire :


In the age of Giorgione
3 avril 2016

L'exposition In the age of Giorgione, dans les salles hautes de la Royal Academy, si congrues à ce type d'expositions modestes mais ambitieuses, permet à la fois de parcourir ce moment de la plus haute Renaissance, vers 1510, dans un lieu des plus emblématiques, Venise, et de se livrer, pourquoi pas, au jeu, tellement plus enrichissant que le Pokemon Go, de l'attribution.

L'attribution n'est pas, comme pourrait le faire croire une histoire de l'art oublieuse des artistes, une manie ridicule (encore qu'elle puisse le devenir, si à son tour elle oublie, derrière l'artiste, l'époque). C'est en regardant une oeuvre sans a priori, sans chercher immédiatement à lui étiqueter un nom, que ce nom vient le plus facilement, ensuite étayé d'arguments documentaires ou comparatifs. Exactement comme c'est à l'audition, sans connaître l'oeuvre et sans attendre de lire la partition, qu'on peut reconnaître l'esprit et le phrasé du compositeur.

Mais il faut avoir écouté beaucoup de musique, ou beaucoup visité de musées, et cela ne suffit pas toujours. A Venise, à ce moment, nombreux sont les peintres, nombreux les emprunts, les collaborations, les influences, tout un écheveau difficile à démêler après 5 siècles. On en est réduit, souvent, aux hypothèses.

L'intérêt d'une telle exposition est aussi de faire connaître des chefs-d'oeuvre lointains, tel ce Portrait d'homme venu de San Diego, Californie, l'un des rares dont l'attribution à Giorgione soit à peu près incontestée. La classe qui en émane ne se retrouve guère, par exemple, dans le Portrait d'un archer, à Edimbourg...


Une collection privée de dessins
6 mars 2016

Le Musée des Beaux-Arts de Bruxelles, dans sa partie Maîtres anciens, est dans un triste état, signe d'un budget fédéral en perte de moyens. Mais il expose jusqu'au 15 mai, et détaille dans un catalogue qui est un modèle du genre, une collection privée de dessins du 16ème et 17ème siècle, flamands pour la quasi-totalité. Le collectionneur n'en a pas moins récolté, dans ce champ relativement restreint, plus de 80 dessins.

Parmi eux, une Conversion de Saint Paul, dont la Fondation Roi Baudouin fera l'acquisition pour le Musée des Beaux-Arts à la fin de l'exposition. Proche, bien que plus tardive, d'un dessin du même sujet passé par la collection Le Polyptyque. La disposition, et surtout le cheval à terre, renvoient à une source commune, probablement rubénienne.

L'exposition démontre la possibilité, aujourd'hui encore, de constituer une belle collection de dessins anciens, et son utilité, puisqu'elle permet d'enrichir la compréhension des oeuvres, y compris d'autres collections.

 


La collection Dorival
7 février 2016

Au Musée de Meudon se termine une exposition modeste mais intéressante, de la collection personnelle de Bernard Dorival, historien d'art mort en 2003. On y trouve nombre d'artistes présents dans la collection Le Polyptyque : Boudin, Redon, Rouault, et Pevsner dont il discernait, dans les dessins, « une idée déjà précise, nette, complète dans son esprit ».

L'amour de l'art ne s'enferme pas dans une période, tout au plus une période peut-elle servir, aux vrais passionnés, d'entrée. Bernard Dorival était l'auteur (ou le co-auteur) du catalogue raisonné de Champaigne, et de celui de Rouault ; conservateur au Musée National d'Art Moderne, et du Musée National de Port-Royal des Champs.

D'une "grande" collection on ne montre que les gloires. D'une collection plus modeste on montre tout, et l'on mesure ici combien, quels que soient le goût et les connaissances du collectionneur, l'art contemporain (qui pour Bernard Dorival était celui de l'après-guerre) est une loterie parfois cruelle, le capital-risque de l'art en quelque sorte. A côté certes de Soulages, Vieira da Silva, Zao Wou Ki, nombre d'artistes méconnus, voire oubliés...


Week-end à Lisbonne
30 janvier 2016

Idée de week-end et de visite : Lisbonne en hiver, sa température douce, et la Fondation Gulbenkian, le mini-Louvre d'un méga-collectionneur. Dans un parc de 7 hectares, un bâtiment à l'architecture moderniste abrite toutes les formes d'art de l'antiquité à 1900 environ : céramiques, ivoires, émaux, textiles, manuscrits enluminés, et bien sûr mobilier, tableaux et sculptures, tous de la plus haute qualité.

L'un des plus remarquables de ces tableaux est le Portrait en pied d'Hélène Fourment, la seconde épouse de Rubens, passé par les collections du premier ministre britannique Robert Walpole et de l'impératrice Catherine de Russie au 18ème siècle, et vendu par le gouvernement soviétique en 1930. Son allure est d'une déesse, dominant la plaine et se détachant sur le ciel, et rien n'égale l'accord de mauve et de gris argent à ses manches, et la finesse, la légèreté palpable de la plume d'autruche qu'elle tient à la main : preuves d'amour, et de génie.

Si vous aimez Guardi, ou Lalique, vous adorerez les 2 salles qui leur sont à chacun intégralement consacrées. Calouste Gulbenkian était un collectionneur encyclopédique, supérieurement exigeant, mais aussi un passionné, capable de réunir des ensembles uniques d'un même artiste : une conjonction rare.