LE POLYPTYQUE EN  |  FR

Sommaire :


Tokyo-Paris, une exposition trop discrète
14 mai 2017

Au Musée de l'Orangerie se cache, tant on en parle peu, pourtant la plus belle exposition de ce printemps parisien: la collection Ishibashi et du Bridgetone Museum. Les Ishibashi sont la famille actionnaire de Bridgetone : un peu comme s'il existait en France une collection Michelin...

Mais aucun industriel français n'a collectionné à une telle échelle, et sur trois générations. Vous y verrez cette chose si rare chez Sisley, un chef d'oeuvre  (Saint Mammes et les coteaux de la Celle, 1884). Et d'autres, de Monet (Crépuscule à Venise, 1908), un plâtre de Brancusi (Le baiser, 1910), Picasso (Saltimbanque aux bras croisées, 1923)

Comme disait avec une exquise modestie Shoijiro Ishibashi, le fondateur de Bridgetone et de la collection : "Tout en m'investissant pleinement dans mes activités professionnelles, je priai des marchands de confiance de m'apporter de belles toiles, et je pris grand plaisir à sélectionner celles qui me plaisaient"... C'est aussi simple que ça ! 


Michelangelo et Sebastiano
2 avril 2017

Sebastiano del Piombo, natif de Venise, fit l'essentiel de sa carrière à Rome, dans le sillage de Michel-Ange dont il fut l'allié, ou l'instrument, dans la rivalité qui l'opposait à Raphaël puis à ses élèves, et qui lui procurait « en douce » idées et dessins préparatoires.

Une exposition à la National Gallery de Londres résume brillamment cette collaboration. On y retrouve ce qui fait le charme de l'art ancien, son rapport à l'Histoire avec un grand H. D'abord dans le moment de sa conception, et c'est particulièrement vrai de la Rome des Papes et de la Renaissance : l'Art fait alors partie intégrante de l'Histoire. Ensuite l'Histoire travaille les oeuvres : les abîme, les disperse, en efface les traces, créant ces lacunes et ces doutes qui donnent à l'art sa poésie diffuse, mais aussi son côté "detective story".

C'est donc le moment de voir ces oeuvres que vous verriez difficilement in situ : le grandiose, quoiqu'inachevé, Jugement de Salomon de Kingston Lacy (dans le Dorset), qu'on a pu croire de Giorgione ; et l'impressionnante, pré-romantique, Pieta de Viterbe (dans le Latium), où l'influence du sculpteur sur le peintre est la plus sensible. L'attitude de la Vierge y est inspirée des ignudi de la Sixtine ; et le Christ étendu y semble un corps de pierre sur un linceul de marbre...


Du dessin au tableau au siècle de Rembrandt
10 février 2017

La fondation Custodia, héritière du collectionneur et expert Frits Lugt, auquel on doit le répertoire des marques de collection de dessins et d'estampes, présente une exposition sur le thème du dessin préparatoire au tableau.

C'est l'occasion, entre autres, de voir ensemble le portrait, venu d'Edimbourg, des jumeaux Clara et Albert de Bray, peints par leur grand-oncle Salomon de Bray, et son dessin préparatoire, venu de New York. On y retrouve le même tranquille émerveillement que dans le dessin de Cornelis de Vos passé dans la collection Le Polyptyque avant de rejoindre, à Francfort, le tableau correspondant.

Dans le dessin de Salomon de Bray, les jumeaux dorment dans un berceau tout simple mais dans le tableau, ils sont bien éveillés dans un berceau imaginaire, évoquant une conque marine où la draperie ondoie comme une vague : le tout (et la médaille qu'ils portent au cou) renvoyant à la célébration du baptême. L'art ne se regarde pas seulement, il se lit et procure, à nos âmes d'enfant, le plaisir d'un livre d'images.


Cy Twombly à Beaubourg
22 janvier 2017

Cy Twombly est un des rares artistes contemporains (mort en 2011) qui ait quelque chose à dire, peut-être à apprendre, aux amoureux de l'art classique. En surface, c'est un expressionniste abstrait, un tenant de l'action painting, un pur produit de l'Amérique. Au fond c'est un peintre d'histoire, si l'on reprend les classifications académiques. Comme Bernin le disait de Poussin (avec plus d'ironie sans doute qu'on ne l'imagine généralement), il travaille de la tête.

Comme Poussin d'ailleurs, c'est en s'expatriant à Rome qu'il a trouvé sa voie. Voyez l'exposition que lui consacre Beaubourg. Bien sûr ce sont des gribouillis : mais des gribouillis vécus, et pensés. L'anti-Magritte en quelque sorte, que Beaubourg, drôlement, expose en même temps.