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A propos de Venise
28 mai 2017

Venise est une fête, quelque Hemingway du 18ème siècle l’a certainement écrit, il serait intéressant d’ailleurs de suivre la fête, au fil des siècles, de ville en ville : Florence, Venise, Vienne, Paris, New York…

Commencez par l’exposition Sérénissime (jusqu’au 25 juin) au Musée Cognacq-Jay : un bijou muséographique. Peu d’œuvres, peu d’espace, mais parfaitement mis(es) en valeur. Visitez, dans la foulée, les collections du musée - l'ancienne collection des Cognacq-Jaÿ, fondateurs de la Samaritaine - et goûtez la cuisine végétarienne du café éphémère, installé jusqu’au 1er octobre dans la cour de l’hôtel Donon.

Poursuivez à Londres avec l’exposition Canaletto (jusqu’au 12 novembre) à la Queen’s Gallery, une annexe de Buckingham Palace. Là au contraire beaucoup d’œuvres, beaucoup d’espace, un peu comme les galeries princières des tableaux de Teniers ou de Pannini. Le tout est somptueux, et le détail savoureux.

Venise exerçait une sorte de « soft power » avant la lettre, qui conduisit George III à acheter en bloc la collection du consul Smith, encore aujourd’hui le plus grand ensemble au monde de peintures et dessins de Canaletto.

L’exposition permet aussi de (re-)découvrir des artistes de second plan, mais de premier ordre, comme Sebastiano Ricci. En art aussi, l’arbre tend à cacher la forêt, et c’est pourquoi, malgré tant d’œuvres dans les musées, constituer une collection est encore possible.


Tokyo-Paris, une exposition trop discrète
14 mai 2017

Au Musée de l'Orangerie se cache, tant on en parle peu, pourtant la plus belle exposition de ce printemps parisien: la collection Ishibashi et du Bridgetone Museum. Les Ishibashi sont la famille actionnaire de Bridgetone : un peu comme s'il existait en France une collection Michelin...

Mais aucun industriel français n'a collectionné à une telle échelle, et sur trois générations. Vous y verrez cette chose si rare chez Sisley, un chef d'oeuvre  (Saint Mammes et les coteaux de la Celle, 1884). Et d'autres, de Monet (Crépuscule à Venise, 1908), un plâtre de Brancusi (Le baiser, 1910), Picasso (Saltimbanque aux bras croisées, 1923)

Comme disait avec une exquise modestie Shoijiro Ishibashi, le fondateur de Bridgetone et de la collection : "Tout en m'investissant pleinement dans mes activités professionnelles, je priai des marchands de confiance de m'apporter de belles toiles, et je pris grand plaisir à sélectionner celles qui me plaisaient"... C'est aussi simple que ça ! 


Michelangelo et Sebastiano
2 avril 2017

Sebastiano del Piombo, natif de Venise, fit l'essentiel de sa carrière à Rome, dans le sillage de Michel-Ange dont il fut l'allié, ou l'instrument, dans la rivalité qui l'opposait à Raphaël puis à ses élèves, et qui lui procurait « en douce » idées et dessins préparatoires.

Une exposition à la National Gallery de Londres résume brillamment cette collaboration. On y retrouve ce qui fait le charme de l'art ancien, son rapport à l'Histoire avec un grand H. D'abord dans le moment de sa conception, et c'est particulièrement vrai de la Rome des Papes et de la Renaissance : l'Art fait alors partie intégrante de l'Histoire. Ensuite l'Histoire travaille les oeuvres : les abîme, les disperse, en efface les traces, créant ces lacunes et ces doutes qui donnent à l'art sa poésie diffuse, mais aussi son côté "detective story".

C'est donc le moment de voir ces oeuvres que vous verriez difficilement in situ : le grandiose, quoiqu'inachevé, Jugement de Salomon de Kingston Lacy (dans le Dorset), qu'on a pu croire de Giorgione ; et l'impressionnante, pré-romantique, Pieta de Viterbe (dans le Latium), où l'influence du sculpteur sur le peintre est la plus sensible. L'attitude de la Vierge y est inspirée des ignudi de la Sixtine ; et le Christ étendu y semble un corps de pierre sur un linceul de marbre...


Du dessin au tableau au siècle de Rembrandt
10 février 2017

La fondation Custodia, héritière du collectionneur et expert Frits Lugt, auquel on doit le répertoire des marques de collection de dessins et d'estampes, présente une exposition sur le thème du dessin préparatoire au tableau.

C'est l'occasion, entre autres, de voir ensemble le portrait, venu d'Edimbourg, des jumeaux Clara et Albert de Bray, peints par leur grand-oncle Salomon de Bray, et son dessin préparatoire, venu de New York. On y retrouve le même tranquille émerveillement que dans le dessin de Cornelis de Vos passé dans la collection Le Polyptyque avant de rejoindre, à Francfort, le tableau correspondant.

Dans le dessin de Salomon de Bray, les jumeaux dorment dans un berceau tout simple mais dans le tableau, ils sont bien éveillés dans un berceau imaginaire, évoquant une conque marine où la draperie ondoie comme une vague : le tout (et la médaille qu'ils portent au cou) renvoyant à la célébration du baptême. L'art ne se regarde pas seulement, il se lit et procure, à nos âmes d'enfant, le plaisir d'un livre d'images.