LE POLYPTYQUE EN  |  FR

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Peindre la banlieue
11 juin 2017

L’exposition Peindre la banlieue, de Corot à Vlaminck est passée du Musée de Rueil-Malmaison à celui d’Issy-les-Moulineaux (jusqu’au 13 août). On y voit le produit de la vie moderne pressentie par Baudelaire, et de la peinture sur le motif développée à Barbizon.

Corot évite la ville et quand il peint la banlieue, le plus souvent les maisons sont à-demi cachées, c’est le cas dans L’Etang à l’arbre penché du Musée de Reims, présent dans l’exposition, comme dans Faneuses à Ville d’Avray, qui fit la couverture du premier catalogue Le Polyptyque.

Jusqu’en 1900 environ la banlieue est une campagne proche, mais distincte, de la ville. Des peintres dont le nom ne se trouve plus guère qu’au fronton d’un lycée… de banlieue, comme Maurice Eliot à Epinay-sous-Sénart, étaient d’abord des peintres de la vie rurale. Après 1900, c’est plus une excroissance urbaine, et c’est ainsi que la voit, notamment, Vlaminck.


A propos de Venise
28 mai 2017

Venise est une fête, quelque Hemingway du 18ème siècle l’a certainement écrit, il serait intéressant d’ailleurs de suivre la fête, au fil des siècles, de ville en ville : Florence, Venise, Vienne, Paris, New York…

Commencez par l’exposition Sérénissime (jusqu’au 25 juin) au Musée Cognacq-Jay : un bijou muséographique. Peu d’œuvres, peu d’espace, mais parfaitement mis(es) en valeur. Visitez, dans la foulée, les collections du musée - l'ancienne collection des Cognacq-Jaÿ, fondateurs de la Samaritaine - et goûtez la cuisine végétarienne du café éphémère, installé jusqu’au 1er octobre dans la cour de l’hôtel Donon.

Poursuivez à Londres avec l’exposition Canaletto (jusqu’au 12 novembre) à la Queen’s Gallery, une annexe de Buckingham Palace. Là au contraire beaucoup d’œuvres, beaucoup d’espace, un peu comme les galeries princières des tableaux de Teniers ou de Pannini. Le tout est somptueux, et le détail savoureux.

Venise exerçait une sorte de « soft power » avant la lettre, qui conduisit George III à acheter en bloc la collection du consul Smith, encore aujourd’hui le plus grand ensemble au monde de peintures et dessins de Canaletto.

L’exposition permet aussi de (re-)découvrir des artistes de second plan, mais de premier ordre, comme Sebastiano Ricci. En art aussi, l’arbre tend à cacher la forêt, et c’est pourquoi, malgré tant d’œuvres dans les musées, constituer une collection est encore possible.


Tokyo-Paris, une exposition trop discrète
14 mai 2017

Au Musée de l'Orangerie se cache, tant on en parle peu, pourtant la plus belle exposition de ce printemps parisien: la collection Ishibashi et du Bridgetone Museum. Les Ishibashi sont la famille actionnaire de Bridgetone : un peu comme s'il existait en France une collection Michelin...

Mais aucun industriel français n'a collectionné à une telle échelle, et sur trois générations. Vous y verrez cette chose si rare chez Sisley, un chef d'oeuvre  (Saint Mammes et les coteaux de la Celle, 1884). Et d'autres, de Monet (Crépuscule à Venise, 1908), un plâtre de Brancusi (Le baiser, 1910), Picasso (Saltimbanque aux bras croisées, 1923)

Comme disait avec une exquise modestie Shoijiro Ishibashi, le fondateur de Bridgetone et de la collection : "Tout en m'investissant pleinement dans mes activités professionnelles, je priai des marchands de confiance de m'apporter de belles toiles, et je pris grand plaisir à sélectionner celles qui me plaisaient"... C'est aussi simple que ça ! 


Michelangelo et Sebastiano
2 avril 2017

Sebastiano del Piombo, natif de Venise, fit l'essentiel de sa carrière à Rome, dans le sillage de Michel-Ange dont il fut l'allié, ou l'instrument, dans la rivalité qui l'opposait à Raphaël puis à ses élèves, et qui lui procurait « en douce » idées et dessins préparatoires.

Une exposition à la National Gallery de Londres résume brillamment cette collaboration. On y retrouve ce qui fait le charme de l'art ancien, son rapport à l'Histoire avec un grand H. D'abord dans le moment de sa conception, et c'est particulièrement vrai de la Rome des Papes et de la Renaissance : l'Art fait alors partie intégrante de l'Histoire. Ensuite l'Histoire travaille les oeuvres : les abîme, les disperse, en efface les traces, créant ces lacunes et ces doutes qui donnent à l'art sa poésie diffuse, mais aussi son côté "detective story".

C'est donc le moment de voir ces oeuvres que vous verriez difficilement in situ : le grandiose, quoiqu'inachevé, Jugement de Salomon de Kingston Lacy (dans le Dorset), qu'on a pu croire de Giorgione ; et l'impressionnante, pré-romantique, Pieta de Viterbe (dans le Latium), où l'influence du sculpteur sur le peintre est la plus sensible. L'attitude de la Vierge y est inspirée des ignudi de la Sixtine ; et le Christ étendu y semble un corps de pierre sur un linceul de marbre...