LE POLYPTYQUE EN  |  FR

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Tintoret au Musée du Luxembourg
27 mars 2018

L’œuvre de jeunesse est toujours intéressante, qu’elle montre un artiste immédiatement maître de son art, Mozart ou Bonington, ou qui se lance dans une exploration d’autant plus fascinante que le terme n’en est pas connu, Delaunay ou Matisse.

Tintoret (à la différence de Titien) relève plutôt de l’exploration. La Tribune de l’Art a fait une critique très juste de l’exposition Naissance d’un génie au Musée du Luxembourg. On peut y ajouter que puisqu’il semble bien que Tintoret se soit formé auprès de Bonifacio de Pitati, quelques toiles de ce peintre eussent été bienvenues.

Faut-il y aller donc ? Oui, pour le plaisir que procurent le Jésus parmi les docteurs du Duomo de Milan (spectaculaire), le Portrait d’homme à barbe blanche de Vienne (tellement humain), la Sainte Famille avec le jeune Saint Jean-Baptiste de Yale (une esquisse à la Rubens, avant Rubens), et la furie pré-romantique de l’Enlèvement du corps de Saint-Marc de Bruxelles. Pour constater aussi que même des très grands, il reste des œuvres en mains privées, par exemple Suzanne ou le Réveil de Psyché (cf. photo en une), merveilleuse « poesia » très évocatrice des idéaux de la Renaissance, de l’inscription de l’humain dans la nature et l’architecture.


On trouve tout à la foire de Maastricht
16 mars 2018

On trouve tout à la Foire de Maastricht. On peut y faire un choix personnel, éclectique, et fantasmatique souvent, au vu des prix. Par exemple, un torse de Bouddha aux lignes musicales (Ben Janssens), un bronze ajouré de l’Egypte ptolémaïque (Sycomore), le portrait d’un fat arrogant par la proto-féministe Artemisia Gentileschi (Robilant + Voena), l’antique revu par le baroque chez le vénitien Sebstastiano Ricci (Jean-Luc Baroni), un Corot magique (Sankt Lukas), un spectaculaire Simon Hantaï (La Bérandière), un Maurice Denis (Thomas Salis) qui le replace au niveau de Bonnard et de Vuillard, dans ces dix premières années du siècle que privilégie Le Polyptyque. Vous trouverez les photos de ces 7 objets sur notre page Facebook.

Une mention spéciale à la visite en vidéo du stand d’Eric Coatalem (avec, au mur de droite, une rare et subtile Assomption de Laurent de La Hyre).

Courez-y, ce week-end encore.


Bernini à la Villa Borghese
23 février 2018

Il est triste de parler d’une exposition qu’on a vue dans ses derniers jours, que personne ne verra plus (mais que vous n’aurez pas manquée, si vous consultez régulièrement notre rubrique « A voir »).

Il en reste le catalogue, et celui de l’exposition Bernini (le Bernin) à la Villa Borghese est un modèle du genre, qui s’intéresse à la vie et l’œuvre du sculpteur, mais aussi à sa « fortune critique » et son milieu. Il en reste bien sûr aussi la Villa Borghese elle-même, unique par son emplacement, son architecture, son décor, et les trésors qu’elle abrite (y compris, à demeure, quelques chefs-d’œuvre du Bernin).

La dernière œuvre de l’exposition, et du Bernin, est un Christ bénissant redécouvert en 2001 dans un monastère des faubourgs de Rome. A certains égards il fait écho au Christ souffrant de la collection Le Polyptyque, qui lui est antérieur de plus d’un siècle et demi. Ce n’est pas étonnant : Eugenio d’Ors, entre autres, a souligné la conjonction stylistique du gothique finissant et du baroque.


A l'Ermitage Amsterdam
23 janvier 2018

On parle beaucoup du Louvre Abu-Dhabi, moins de l’Ermitage Amsterdam. Certes, il n’y a pas de collection permanente, mais depuis 2009 ce très ancien bâtiment abrite de longues expositions (généralement six mois) d’œuvres venues de Saint-Pétersbourg : jusqu’au 27 mai, une sélection du « Siècle d’Or », le 17ème siècle hollandais, privilégié dans les achats de Catherine II notamment.

On y trouve un Paysage d’hiver de Van Goyen, de la même période et dans les mêmes tons que le majestueux Paysage fluvial de la collection Le Polyptyque. Ce dernier, sur toile (une rareté), préserve mieux la magie des nuages filant à l’est que le panneau de bois, qui semble les agripper et freiner leur course.

On y trouve aussi, en haut à droite de l’un des tableaux les plus populaires de l’Ermitage, la Punition du chasseur de Paulus Potter, une scène qui n’est pas de lui, mais de Cornelis van Poelenburgh. Le premier, peintre animalier, a fait appel au second, plus versé dans la mythologie, pour illustrer l’épisode ovidien de Diane et Actéon. Les nus, les drapés, sont très proches du merveilleux Diane et ses suivantes de la collection Le Polyptyque. Là encore, le support importe : ce dernier, sur cuivre, est d’autant plus lumineux.

S’il fallait, de la soixantaine de tableaux exposés, n’en retenir qu’un, ce serait évidemment la Jeune femme à la boucle d’oreille de Rembrandt. On rêve d’une confrontation avec la Jeune fille à la perle de Vermeer : le peintre de l’ombre et du mouvement, celui de la lumière et de l’instant suspendu...