LE POLYPTYQUE EN  |  FR

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Musées de Francfort
20 juin 2015

Francfort a beaucoup compté dans l'histoire de l'art et des collections. C'est ici qu'a débuté la saga des Rothschild, dont le palais des bords du Main est devenu le Musée du Judaïsme. Le Musée Städel, fondé en 1815, eut comme directeurs Johann David Passavant (de 1840 à 1861), le premier "spécialiste" de Raphaël, et Georg Swarzenski (de 1906 à 1937). Ce dernier, qui faisait autorité dans l'art médiéval, fut aussi l'un des introducteurs de l'art impressionniste et moderne en Allemagne et le mentor de Robert von Hirsch, l'un des plus remarquables collectionneurs du 20ème siècle, dont la vente en 1978 donna le plus bel exemple d'une collection érudite, éclectique, source de plaisir et de conversation. On y trouvait des aquarelles de Dürer et de Cézanne, des émaux et des ivoires, un Greco de jeunesse, la Madone Branchini de Giovanni di Paolo, Matisse et Modigliani.

L'exposition qu'organisait le Musée Städel, Monet et la Naissance de l'impressionnisme (jusqu'au 28 juin 2015), plaçait Corot, l'Ecole de Barbizon et Boudin en éclaireurs de Monet et du bataillon impressionniste. On y découvrait des oeuvres rares (de Manet, L'Exposition Universelle de 1867, venue d'Oslo) et des liens oubliés (Monet tout près, à ses débuts, de Théodore Rousseau, comme Pissarro de Corot).

Les collections permanentes exposent de très beaux "primitifs" flamands et italiens, Le Géographe de Vermeer et L'Aveuglement de Samson de Rembrandt, tableau renversant, d'une couleur irréelle et d'une violence baroque. On y trouve aussi le Portrait de sa fille par Cornelis de Vos, qui l'a "croquée" dans un dessin passé par la collection Le Polyptyque.

Moins connue la Liebieghaus, musée de sculpture, vaut tout autant le voyage (4 heures de TGV de Paris). La Venus noire, silhouette à la Modigliani, achetée à la vente von Hirsch comme bronze vénitien du 3ème quart du 16ème siècle, est aujourd'hui attribuée à Barthélemy Prieur, le sculpteur d'Henri IV. Les oeuvres se déplacent dans l'espace et le temps au gré du regard plus ou moins informé que nous portons sur elles, cela participe de la magie de l'art ancien : la qualité prime, le nom vient ensuite.


Art Basel
18 juin 2015

Au premier jour d'Art Basel la foule déambule, bavarde, vaguement indifférente. Il est vrai que les VIP étaient à l'inauguration, la veille, et les super-VIP à la pré-inauguration, l'avant-veille. On se sent peu de chose, non tant face aux oeuvres, que face au système.

C'est d'une visite à la Fondation Beyeler, d'une longue conversation avec Ernst Beyeler en 2006, qu'est né Le Polyptyque. La magie du lieu, la légende de son fondateur, décédé en 2010, convainc musées et collectionneurs de prêter leurs chefs-d'oeuvre, comme c'est encore le cas pour l'exposition Gauguin (jusqu'au 28 juin 2015).

Devant le tableau le plus cher du monde, Quand te maries-tu ?, longtemps exposé au musée de Bâle et en partance, dit-on, pour le Qatar, on s'attarde forcément, avant de s'avouer qu'il n'est pas le plus beau. Mais bon, s'il est "iconique"...

De telles expositions monographiques sont précieuses. On y respire le parfum du peintre, qu'on saura mieux reconnaître. On y repère ses tenants (un bas-relief égyptien, sans doute, dans Le Marché) et aboutissants (dans le Portrait de Jeanne Goupil, peut-être, le premier Picasso). On y apprend, on y rêve, on y aime l'art.


Demeures écossaises
14 juin 2015

La visite de quelques demeures de la région des Borders, au sud d'Edimbourg, permet d'en admirer l'architecture néo-classique (Mellerstain House), l'opulence edouardienne (Manderston House), le romantisme des jardins (Monteviot House)... et de réfléchir aux notions de patrimoine et de collection.

Dalmeny House, près d'Edimbourg, propriété du comte de Rosebery, petit-fils d'un premier ministre de la Reine Victoria et d'une héritière Rothschild, abrite une collection de meubles, porcelaines et tapisseries de qualité muséale, et souvent de provenance royale.

Mertoun House, dans la vallée de la Tweed, propriété du duc de Sutherland, abrite une très belle collection de peintures (Diane et Callisto, d'Annibale Carracci, la Métamorphose du berger d'Apulie, de Claude Lorrain, ...). Les œuvres vraiment exceptionnelles (la Madone Bridgewater de Raphaël, la série des Sept sacrements de Poussin, ...) sont en prêt, depuis 1945, à la Scottish National Gallery.

Hannah de Rothschild était au 19ème siècle la plus riche héritière, et le duc de Sutherland le plus gros propriétaire foncier, du Royaume-Uni. Aujourd'hui ce sont les collections d'art, plus résistantes à l'érosion monétaire et fiscale, indifférentes aux évolutions sociologiques ou technologiques, qui constituent l'essentiel du patrimoine de leurs héritiers ou successeurs...


Les Clefs d'une passion
7 juin 2015

L'exposition de la Fondation Louis Vuitton semble vouloir trouver, à sa collection d'art contemporain, des antécédents dans la peinture moderne, mais ne se risque pas à la confrontation directe, qui pourrait être cruelle.

Plus que cette collection, c'est probablement le bâtiment lui-même, son architecture nautique et sylvestre, qui restera comme un monument du siècle : prouesse technologique, mais symbole désordonné, concrétisation d'une aspiration, plus que d'une inspiration.

Et plutôt que les Clefs (qu'elle ne livre pas) d'une passion (qu'on discerne mal), l'exposition pourrait s'intituler, plus simplement : Réunion de quelques chefs-d'oeuvre. Il faut y aller (jusqu'au 6 juillet 2015) voir ces icônes venues de Vence (L'Homme qui marche de Giacometti), d'Oslo (Le Cri de Munch), de New York (La Colonne sans fin de Brancusi et les 4 panneaux Campbell de Kandinsky), de Saint-Pétersbourg (les Carré, Cercle, Croix noir de Malevitch et La Danse de Matisse).