LE POLYPTYQUE EN  |  FR

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Le Triptyque de Moulins
18 août 2015

Les musées et les expositions offrent rarement l’occasion d’un tête à tête avec un chef-d’œuvre. Mais à Moulins, un matin tôt, vous pouvez avoir cette chance, dans la chapelle de la cathédrale, dûment sécurisée, qui abrite peut-être le plus beau tableau de la Renaissance française, qui à ce niveau ne le cède en rien à l’italienne, le Triptyque de Moulins.

On en ressort enchanté par la douceur et le naturel de la Vierge et de l’Enfant, la diversité dans l’unité des anges, l’aisance des Saints présentateurs, la réserve des donateurs, une gamme aussi étendue que subtile d’expressions, de textures, de couleurs.


La reine Theutberge vs Cindy Sherman
15 juillet 2015

Une galerie amie, Les Enluminures, vient d'acheter 2 M£, pour le compte du Metropolitan Museum, l'Evangéliaire de la reine Theutberge, un manuscrit du 9ème siècle.

L'occasion de s'interroger - brièvement, d'autres y ont consacré des livres, dernièrement Michael Findlay dans The Value of Art - sur la valeur de l'art, justement, ou plus modestement sur la valeur d'une oeuvre.

L'art ne s'étalonne pas, moins encore que l'entreprise, qui du moins tient ses comptes, ou l'immobilier, l'art au m² ne signifie rien. Les "indices" de l'art non plus, qui ne mesurent que l'art qui réussit à se revendre, mais omettent celui qui ne vaut plus rien - ce qui est le sort à terme de la très grande majorité de l'art contemporain, à toutes les époques.

La valeur d'une oeuvre, c'est au final sa beauté, sa rareté, son état, son histoire. La reine de Lotharingie qui, très probablement, y lisait les évangiles il y a 12 siècles, avait épousé un arrière-petit-fils de Charlemagne, Lothaire II. Le volume est complet, le vélin, le texte lui-même et la décoration remarquablement préservés.

Pour le même prix on pouvait récemment acheter, par exemple, une photographie noir et blanc de Cindy Sherman, tirée à 3 exemplaires, dans une série de 69 scènes réalisée tout à ses débuts...


London Art Week
4 juillet 2015

La London Art Week, début juillet, combine ventes publiques, chez Sotheby's, Christie's et Bonhams, et expositions dans les galeries du quartier de Mayfair. A cette occasion un article du Financial Times explique le regain d'intérêt pour l'art ancien, y compris chez les collectionneurs d'art contemporain.


Musées de Francfort
20 juin 2015

Francfort a beaucoup compté dans l'histoire de l'art et des collections. C'est ici qu'a débuté la saga des Rothschild, dont le palais des bords du Main est devenu le Musée du Judaïsme. Le Musée Städel, fondé en 1815, eut comme directeurs Johann David Passavant (de 1840 à 1861), le premier "spécialiste" de Raphaël, et Georg Swarzenski (de 1906 à 1937). Ce dernier, qui faisait autorité dans l'art médiéval, fut aussi l'un des introducteurs de l'art impressionniste et moderne en Allemagne et le mentor de Robert von Hirsch, l'un des plus remarquables collectionneurs du 20ème siècle, dont la vente en 1978 donna le plus bel exemple d'une collection érudite, éclectique, source de plaisir et de conversation. On y trouvait des aquarelles de Dürer et de Cézanne, des émaux et des ivoires, un Greco de jeunesse, la Madone Branchini de Giovanni di Paolo, Matisse et Modigliani.

L'exposition qu'organisait le Musée Städel, Monet et la Naissance de l'impressionnisme (jusqu'au 28 juin 2015), plaçait Corot, l'Ecole de Barbizon et Boudin en éclaireurs de Monet et du bataillon impressionniste. On y découvrait des oeuvres rares (de Manet, L'Exposition Universelle de 1867, venue d'Oslo) et des liens oubliés (Monet tout près, à ses débuts, de Théodore Rousseau, comme Pissarro de Corot).

Les collections permanentes exposent de très beaux "primitifs" flamands et italiens, Le Géographe de Vermeer et L'Aveuglement de Samson de Rembrandt, tableau renversant, d'une couleur irréelle et d'une violence baroque. On y trouve aussi le Portrait de sa fille par Cornelis de Vos, qui l'a "croquée" dans un dessin passé par la collection Le Polyptyque.

Moins connue la Liebieghaus, musée de sculpture, vaut tout autant le voyage (4 heures de TGV de Paris). La Venus noire, silhouette à la Modigliani, achetée à la vente von Hirsch comme bronze vénitien du 3ème quart du 16ème siècle, est aujourd'hui attribuée à Barthélemy Prieur, le sculpteur d'Henri IV. Les oeuvres se déplacent dans l'espace et le temps au gré du regard plus ou moins informé que nous portons sur elles, cela participe de la magie de l'art ancien : la qualité prime, le nom vient ensuite.