LE POLYPTYQUE EN  |  FR

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Chefs-d’œuvre du Guggenheim, la collection Thannhauser
1 janvier 1970

L’Hôtel de Caumont est à Aix-en-Provence ce que Jacquemart-André est à Paris, un lieu préservé, dédié à l’art tel qu’on l’entendait du 15ème au 20ème siècle. On peut y voir, jusqu’au 29 septembre, une collection qui fut une galerie : la galerie Thannhauser à Munich, puis à Berlin, avant que le nazisme n’oblige Justin Thannhauser à fuir à Paris, puis à New York où, ami des plus grands artistes (Picasso, ...) et collectionneurs (Rockfeller, ...), il continuera, de son appartement de l’Upper East Side, d’acheter, vendre, collectionner les maîtres modernes.

Le Guggenheim est l’héritier de cette collection puisque, comme l’expliquera Justin Thannhauser, « après avoir vécu 500 ans en Allemagne, ma famille est éteinte ». L’art comme une flamme entretient le souvenir, et la joie aussi, d’admirer Manet, Cézanne, Seurat, Picasso... Ne manquez pas, si vous êtes dans la région, de vous y réchauffer l’âme (et rafraîchir la nuque, merci la clim).

 


Berthe Morisot au Musée d'Orsay
15 juillet 2019

Il est temps d’aller voir, à Orsay, Berthe Morisot (jusqu’au 22 septembre). L’exposition se limite malheureusement aux tableaux de figures et aux portraits. La centaine de paysages figurant au catalogue raisonné « mériteraient une exposition et une étude en tant que tels », écrit Sylvie Patry, spécialiste de l’artiste et commissaire de l’exposition.

Sans doute, mais la frontière du paysage, chez les impressionnistes et particulièrement Berthe Morisot, plus audacieuse souvent que ses confrères masculins, est mouvante. La Rivière au bois de Boulogne de la collection Le Polyptyque, comme la Leçon au jardin (Denver Art Museum) de la même année 1886, présent dans l’exposition, sont à vrai dire des tableaux de figures... dans un paysage. C’est une des « ambiguïtés stimulantes » dont parlait, à propos de Berthe Morisot, la grande historienne d’art féministe Linda Nochlin.


Utrecht, Caravage et l’Europe
20 juin 2019

Sous le titre « Utrecht, Caravage et l’Europe » (jusqu’au 21 juillet), l’Alte Pinakothek de Munich, décidément l’un des musées européens les plus pertinents quant aux expositions, présente une étude de ce que fut le caravagisme des peintres du Nord, et particulièrement d’Utrecht, bastion catholique au sein des Pays-Bas protestants. Paradoxalement, on en retient surtout le génie d’un italien, Gentileschi (2 tableaux venus d’Hartford et de Braunschweig, des villes qu’on ne visite pas souvent) et de Valentin.

De ce dernier, l’exposition récente au Louvre était formidable, mais un peu fastidieuse. Ici, au milieu de ses contemporains, il brille d’un éclat capital. Bien sûr, Terbrugghen a parfois du génie (le Saint Sébastien d’Oberlin College, que Pierre Rosenberg avait mis en couverture de son bel ouvrage En Amérique seulement). Mais parfois aussi, comme Honthorst, comme Baburen, il verse dans le procédé, ce que ne fait jamais Valentin.

C’est l’intérêt jamais épuisé d’une collection comme d’une exposition. Les œuvres d’artistes (voire d’époque) différents se jaugent plus facilement, on repère les meilleures, on relègue les autres. Les expositions monographiques sont utiles, certes, mais devraient toujours faire une place au contexte, à la concurrence des œuvres.


Verrocchio au Palazzo Strozzi
29 mai 2019

La Nuit européenne des Musées, cette année samedi 18 mai, coïncide en Italie avec la journée nationale Cortili e Giardini aperti, qui ouvre au public les cours et jardins des palais en ville et villas à la campagne.

Cette année, ce pouvait être l’occasion d’un week-end à Florence, voir au Palazzo Strozzi l’exposition Verrocchio (jusqu’au 14 juillet). C’est en un sens le prélude à la prochaine exposition Da Vinci du Louvre, puisque Leonard débuta dans l’atelier de Verrocchio, et qu’on voit au Palazzo Strozzi certains de ses dessins et peut-être (probablement) de lui, une statuette en terre cuite récemment « redécouverte » au Victoria & Albert Museum.

C’est une exposition joyeuse. Un peu du fait de ces jeux d’attribution qui déroutent parfois le profane mais excitent le collectionneur. Aussi parce qu’elle évoque un temps mythique et foisonnant, la Renaissance italienne. Surtout parce qu’elle est illuminée de ce sourire énigmatique mais certain que Verrocchio sut donner à son David, à ses Vierges à l’Enfant, et transmettre à Léonard.

Allez-y donc, et revenez l’année prochaine pour tout ce qu’il y a toujours à voir, y compris ces cours et jardins qu’on ne peut voir qu’une fois l’an.