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Utrecht, Caravage et l’Europe
20 June 2019

Sous le titre « Utrecht, Caravage et l’Europe » (jusqu’au 21 juillet), l’Alte Pinakothek de Munich, décidément l’un des musées européens les plus pertinents quant aux expositions, présente une étude de ce que fut le caravagisme des peintres du Nord, et particulièrement d’Utrecht, bastion catholique au sein des Pays-Bas protestants. Paradoxalement, on en retient surtout le génie d’un italien, Gentileschi (2 tableaux venus d’Hartford et de Braunschweig, des villes qu’on ne visite pas souvent) et de Valentin.

De ce dernier, l’exposition récente au Louvre était formidable, mais un peu fastidieuse. Ici, au milieu de ses contemporains, il brille d’un éclat capital. Bien sûr, Terbrugghen a parfois du génie (le Saint Sébastien d’Oberlin College, que Pierre Rosenberg avait mis en couverture de son bel ouvrage En Amérique seulement). Mais parfois aussi, comme Honthorst, comme Baburen, il verse dans le procédé, ce que ne fait jamais Valentin.

C’est l’intérêt jamais épuisé d’une collection comme d’une exposition. Les œuvres d’artistes (voire d’époque) différents se jaugent plus facilement, on repère les meilleures, on relègue les autres. Les expositions monographiques sont utiles, certes, mais devraient toujours faire une place au contexte, à la concurrence des œuvres.


Verrocchio au Palazzo Strozzi
29 May 2019

La Nuit européenne des Musées, cette année samedi 18 mai, coïncide en Italie avec la journée nationale Cortili e Giardini aperti, qui ouvre au public les cours et jardins des palais en ville et villas à la campagne.

Cette année, ce pouvait être l’occasion d’un week-end à Florence, voir au Palazzo Strozzi l’exposition Verrocchio (jusqu’au 14 juillet). C’est en un sens le prélude à la prochaine exposition Da Vinci du Louvre, puisque Leonard débuta dans l’atelier de Verrocchio, et qu’on voit au Palazzo Strozzi certains de ses dessins et peut-être (probablement) de lui, une statuette en terre cuite récemment « redécouverte » au Victoria & Albert Museum.

C’est une exposition joyeuse. Un peu du fait de ces jeux d’attribution qui déroutent parfois le profane mais excitent le collectionneur. Aussi parce qu’elle évoque un temps mythique et foisonnant, la Renaissance italienne. Surtout parce qu’elle est illuminée de ce sourire énigmatique mais certain que Verrocchio sut donner à son David, à ses Vierges à l’Enfant, et transmettre à Léonard.

Allez-y donc, et revenez l’année prochaine pour tout ce qu’il y a toujours à voir, y compris ces cours et jardins qu’on ne peut voir qu’une fois l’an.


Rembrandt et les Rothschild
7 May 2019

Après les portraits de Maerten Soolmans et Oopjen Coppit, achetés conjointement par le Louvre et le Rijksmuseum, un autre Rembrandt, d’une autre branche de la famille Rothschild, est à vendre, et le Louvre aimerait l’acheter.

Deux remarques à ce sujet. La première, c’est que toute appréciation esthétique à part – et elle ne serait pas forcément au désavantage de Rembrandt ! –, en se basant seulement sur le critère de la rareté, les prix « astronomiques » de ces œuvres sont plus explicables que des prix équivalents pour un Modigliani ou un Picasso.

La seconde, c’est que l’œuvre vaut beaucoup, beaucoup plus que les 840 £ (environ 1 M€ d’aujourd’hui) payés par James de Rothschild en 1840. L’art (en tout cas l’art non-contemporain) est un investissement de très long terme, dont la valeur est encore accrue lorsqu’il fait corps avec un ensemble, une collection. Achetez d’abord si l’œuvre vous parle. Et si vous pensez aux générations futures. Mais, mieux encore, constituez une collection. La joie, et le profit, en sont multipliés !

 


La Pinacothèque de Bologne
11 April 2019

Une idée de week-end à laquelle vous n’auriez peut-être pas pensé ? Bologne, qui réunit l’architecture, la sculpture, la peinture, la cuisine... Vol direct depuis Paris.

La pinacothèque est un des plus riches musées d’Italie, notamment pour les « primitifs » et la peinture baroque – ou classique : le 17ème siècle alterne l’un et l’autre, contraires et contigus, c’est le ruban de Möbius de l’histoire de l’art.

On y comprend mieux qu’ailleurs cette notion d’école « régionale » qui correspond peu ou prou aux (petits) Etats italiens de la Renaissance : Milan, Gênes, Venise, Florence, Naples... et Bologne, un peu la capitale « régionale » des Etats du Pape, tandis que Rome attirait les artistes de toute la péninsule, et prétendait à l’universalité.

C’est à Bologne d’ailleurs que le cardinal Paleotti élabora la doctrine artistique de la Contre-Réforme, appelant à parler au cœur des fidèles plutôt qu’aux idéaux esthétiques d’une élite : le merveilleux dessin de la Sainte Famille de Cambiaso (peintre génois, lui) en est une parfaite illustration.