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Dianne Dwyer Modestini : Masterpieces
12 septembre 2018

Federico Zeri, le dernier grand historien de l’art italien, avait l’éloge rare. Mais dans J'avoue m'être trompé, il décrit Mario Modestini comme « le meilleur artisan dans ce domaine » (la restauration de tableaux), avec « l’œil d’un grand connaisseur » et « une culture étendue à tous les domaines ».

Mario Modestini (1907-2006) épousa sur le tard Dianne Dwyer, qui travaillait au Metropolitan Museum et poursuivit son activité au côté de son mari, puis seule. C’est elle qui a restauré, de 2006 à 2011, le Salvator Mundi de Léonard de Vinci, vendu 450 millions de dollars en 2017.

L’histoire de cette restauration constitue le dernier chapitre de Masterpieces, qui sont en fait les mémoires de Mario Modestini mis en forme, commentés et complétés.

C’est l’histoire de l’art, et du marché de l’art, vue par le microscope, mais interprétée par l’immense intelligence et modestie de ce couple étonnant. Vous y apprendrez beaucoup, sur la restauration bien sûr (et la querelle des « humanistes » et des « scientifiques »), les faussaires, les marchands, les musées américains, l’Italie mussolinienne, l’Amérique de l’après-guerre... A page-turner, comme on dit là-bas.

A lire :

Dianne Dwyer Modestini, Masterpieces. Based on a manuscript by Mario Modestini, Florence, Cadmo, 2018.

 

 


Peggy Guggenheim / Marguerite d’Autriche : deux collectionneuses à travers l’histoire
29 mai 2018

Peggy Guggenheim, mécène d’art américaine du 20ème siècle, d’une part, et Marguerite d’Autriche, princesse et « femme d’état » du 16ème siècle : le rapprochement peut paraître osé, tant le parcours et les mœurs des deux femmes sont éloignés. Mais elles furent toutes deux des femmes d’influence, et rassemblèrent une collection d’art inégalable.

Marguerite d’Autriche (1480-1530) se passionna pour les « primitifs flamands », de Jan Van Eyck à Jan Gossaert, en passant par Rogier Van der Weyden et Hans Memling. Son rôle dans la « Renaissance du Nord » n’est plus à démontrer. Elle légua ses tableaux au Monastère de Brou, qu’elle avait fait construire près de Bourg-en-Bresse ; avant qu’ils ne fussent dispersés aux quatre coins de l’Europe. Quelques-uns sont de retour dans une exposition qui présente, jusqu’au 26 août 2018, les « Trésors de Marguerite d’Autriche », avec un catalogue de qualité.

Peggy Guggenheim (1898-1979) décida de consacrer sa vie aux artistes. Elle y parvint plutôt bien : dans une époque d’effervescence artistique, elle constitua l’une des plus importantes collections d’art du 20ème siècle et ouvrit, en 1952, un musée personnel à Venise. La biographie de Francine Prose, publiée en avril, revient sur son rôle dans la promotion de l’art de son temps, ainsi que sur son image de femme moderne, parfois attaquée sur son comportement de « petite fille riche » et supposément nymphomane.

Ces deux publications, à travers le parcours croisé de ces deux femmes d’exception, rappellent que collectionner est une passion, mais aussi un art.

A lire : 
Francine Prose, Peggy Guggenheim, Le choc de la modernité, Paris, Tallandier, 2018 ;
Magali Brat-Philippe, P.G. Giraud, La collection de Marguerite d'Autriche, De Van Eyck à Van Orley, Rennes, Presses Universitaires Rennes, 2018.


Collectionner avec John Maynard Keynes
28 mai 2018

Un blog du Wall Street Journal signale une étude intéressante sur la collection d’art de l’économiste John Maynard Keynes, ses prix d’achat et la valeur des œuvres aujourd’hui. Il en ressort un retour sur investissement, dans le long terme, pratiquement équivalent aux actions… sans compter le « rendement esthétique », le plaisir que procurent les œuvres.


Double Vision, de William Middleton
15 mai 2018

Double Vision, de William Middleton (en anglais, Knopf, 2018) est la biographie de Dominique (née Schlumberger) et John de Menil. Une biographie à l’anglo-saxonne (dont le Proust de George D. Painter est à jamais l’archétype), détaillée, contextuelle (encore qu’ici l’hyper-personnalité du couple prive un peu d’oxygène la description de leur milieu, même leur famille proche) et finalement, passionnante.

C’est l’histoire d’une start-up qui devient une multinationale (Schlumberger), d’une jeune fille de la grande bourgeoisie orléaniste et protestante française qui devient la grande dame de la capitale américaine du pétrole, Houston, et d’un couple fusionnel qui passe en une vie de l’austérité pour elle, la pauvreté pour lui, à l’état de milliardaire ; du conservatisme le plus étroit à l’activisme le plus en pointe (pour les droits civiques aux Etats-Unis, et la paix dans le monde) ; et d’une indifférence polie à la passion la plus extrême pour l’art et la collection. La Menil Collection, le musée construit (comme la Fondation Beyeler à Bâle) par l’architecte Renzo Piano, et la chapelle Rothko, parfois qualifiée de Sixtine du 20ème siècle, à Houston, sont leur œuvre.

Le Polyptyque n’a d’autre ambition, certes immodeste, que de susciter de pareilles vocations !

A lire :
William Middleton, Double Vision: The Unerring Eye of Art World Avatars Dominique and John de Menil, New York, Knopf, 2018.